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Simondon, Latour, Winnicottt
Ma requête :
Je cherchais des informations sur Simondon (« arrivé » dans le billet précédent).Une similitude de titres m’a fait penser à Latour. et j'ai fait cette demande : « Un comparatif Simondon /Latour serait précieux ». Ce que Chat a fait (je ne publie pas ce texte pour ne pas alourdir ce billet). A la fin de ce parallèle, il écrit cette proposition :
« Et pour vous, je crois que le plus fécond n’est pas un simple chapitre “Simondon et Latour”, mais un nœud plus ambitieux :
Simondon – Latour – Winnicott, où le milieu associé, le réseau de médiations et l’espace transitionnel commenceraient à se répondre. »
Texte intégral et sans retouches de Chatgpt 5.4
Simondon, Latour, Winnicott : trois voies pour penser l’entre-deux de l’humain et du technique
On parle souvent aujourd’hui de l’IA comme s’il s’agissait soit d’un simple outil, soit d’un quasi-sujet. Or ces deux descriptions sont également insuffisantes. La première rabat la technique sur l’instrumentalité ; la seconde projette sur la machine une forme d’animation imaginaire. Entre les deux, il faudrait une pensée plus fine de l’entre-deux, c’est-à-dire de cette zone où l’humain et le technique ne se font face ni comme deux substances étrangères, ni comme deux termes déjà constitués, mais se co-forment dans un même monde relationnel. C’est ici qu’un triangle conceptuel devient précieux : Simondon, Latour, Winnicott.
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Avec Gilbert Simondon, le déplacement est radical. Il ne faut pas partir de l’individu, mais de l’individuation. L’être n’est pas donné d’emblée comme une unité close ; il est ce qui advient à partir d’un champ de tensions, d’un fond préindividuel, d’une métastabilité. L’individu n’est jamais qu’une solution provisoire, une résolution locale, un régime de consistance. Une telle pensée interdit de considérer l’humain comme une forme achevée entrant ensuite en rapport avec des objets purement extérieurs. Elle interdit tout autant de concevoir l’objet technique comme une simple chose inerte. Car l’objet technique, lui aussi, possède une genèse, une lignée, une cohérence interne, un milieu associé. Ce que Simondon nous apprend, ce n’est donc pas seulement à mieux parler des machines ; c’est à penser un monde où l’humain et le technique appartiennent à des processus de constitution corrélés.
Mais cette pensée de la genèse ne suffit pas encore. Car une fois reconnue la co-constitution des êtres, il faut décrire les chaînes concrètes par lesquelles ils tiennent ensemble, agissent, se relaient, transforment leurs environnements. C’est ici que Bruno Latour devient indispensable. Chez lui, l’action n’appartient jamais à un sujet isolé ; elle circule, se distribue, se négocie à travers des agencements d’humains et de non-humains. Instruments, textes, protocoles, interfaces, institutions, normes, données, modèles : rien de tout cela n’est secondaire. L’erreur classique consiste à ne voir dans la technique qu’un support extérieur d’une volonté humaine qui resterait souveraine. Latour, au contraire, nous oblige à suivre les médiations, à reconnaître que l’agir lui-même est toujours partagé, relayé, traduit. Là où Simondon pense la genèse des êtres, Latour décrit la texture des réseaux de médiation dans lesquels ces êtres prennent effet.
Pourtant, ni Simondon ni Latour ne suffisent entièrement dès lors qu’il s’agit de penser la dimension psychique de notre rapport aux techniques contemporaines. Il manque encore une théorie de cette zone ambiguë où le sujet ne rencontre pas seulement un objet ou un réseau, mais un milieu d’expérience qui engage ses investissements, ses projections, ses attachements, ses défenses, ses illusions créatrices. C’est ici que Winnicott intervient. L’espace transitionnel, tel qu’il le pense, n’est ni pure intériorité, ni pure extériorité ; c’est l’aire intermédiaire où se déploient le jeu, la culture, le symbole, la relation à l’objet qui n’est ni simplement trouvé ni simplement créé. Cette conceptualité est d’une grande fécondité pour penser notre rapport aux dispositifs techniques contemporains, surtout lorsqu’ils semblent répondre, anticiper, relancer, envelopper l’adresse humaine.
Le point décisif, alors, est peut-être le suivant : avec l’IA, nous n’avons pas affaire seulement à des outils plus puissants, ni même à des réseaux plus vastes, mais à des dispositifs qui occupent de plus en plus une fonction transitionnelle. Ils ne sont pas seulement devant nous ; ils s’installent dans l’intervalle entre soi et soi, entre soi et autrui, entre fantasme et symbolisation, entre production et réception du sens. De là vient sans doute une part de leur puissance anthropologique : non pas qu’ils seraient des sujets, mais ils modifient les conditions dans lesquelles le sujet s’éprouve, s’exprime, se déplace, s’ajuste. Ils reconfigurent l’aire intermédiaire où se forment les investissements psychiques et culturels.
On comprend alors pourquoi le rapprochement de Simondon et de Latour est nécessaire, mais insuffisant s’il n’est pas repris dans une problématique du psychique. Simondon nous donne la logique de l’individuation et de la co-individuation des êtres dans un milieu. Latour nous donne la cartographie des médiations hétérogènes par lesquelles l’action se distribue. Winnicott nous donne la topologie subtile de l’espace intermédiaire où le sujet se forme en jouant avec ce qui n’est ni lui ni tout à fait extérieur à lui. Ensemble, ils permettent peut-être de penser ce que nous pourrions appeler, provisoirement, la nouvelle scène de l’entre-deux humain-technique.
C’est sur cette scène que la question d’un inconscient algorithmique peut commencer à prendre sens. Non pas au sens naïf où la machine posséderait un inconscient comme un sujet humain, mais au sens où se constitue désormais, entre les sujets, les collectifs et les dispositifs techniques, une zone de traitement, de répétition, de sélection, de modulation et de relance du sens, qui échappe partiellement à la conscience individuelle tout en orientant ses formes d’expérience. L’important n’est donc pas de savoir si la machine pense « comme nous », mais de comprendre comment, avec elle, se recompose le partage du pensable, du dicible, du mémorisable, du désirable.
Dès lors, l’enjeu n’est plus seulement critique, ni seulement descriptif. Il devient proprement ontologique et clinique : quels types d’individuation deviennent possibles dans ces nouveaux milieux associés ? quels réseaux de médiation reconfigurent notre agir ? quels espaces transitionnels sont captés, appauvris ou au contraire intensifiés par les systèmes techniques contemporains ? C’est peut-être là que se joue, aujourd’hui, une part de l’avenir conjoint de la philosophie, de la psychanalyse et de la pensée des techniques.
Si vous le souhaitez, je peux maintenant vous en faire une version encore plus sophistiquée et plus “agrégation de philosophie”, ou au contraire une version orale de conférence, plus ample et plus respirable.
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