Discours universitaire /Discours IA


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Discours universitaire et discours de l’IA : deux modes d’enchaînement d’éléments symboliques — signifiants pour l’un, tokens pour l’autre.
Illustration créée au fil d’un dialogue entre Geneviève Lombard et ChatGPT (OpenAI), septembre 2026.

Les similitudes du "Discours universitaire" et du mode d'écriture des IA.

Cet article de Magnani "soutient que, au sens lacanien, les grands modèles de langage (LLM) devraient être considérés comme des maîtres supérieurs du Symbolique. Grâce à l’immensité de leurs données d’entraînement et à leur architecture désincarnée, les LLM atteignent une maîtrise hyper-efficace de la chaîne des signifiants, surpassant la plupart des humains dans les tâches linguistiques, discursives et inférentielles. Cependant, précisément parce qu’ils opèrent exclusivement dans le registre Symbolique, ils n’ont accès ni à l’Imaginaire ni au Réel et sont constitutivement exclus du « manque » lacanien, de la pulsion, du désir et de la subjectivité incarnée".

On sait que -selon la théorie lacanienne des quatre Discours (1),
ce qui organise et dirige le discours universitaire est le signifiant du savoir.discoursEn haut à gauche S₂ (le Savoir), en haut à droite (L'Autre / Destinataire) : a (l'objet petit a), en bas à gauche (La Vérité) : S₁ (le signifiant maître, caché sous la barre), en bas à droite (La Production) : $ (le sujet divisé ou barré). Les LLM seraient donc , pour Magnani, le sommet du discours universitaire : "un moteur bureaucratique de savoir".

"Les LLM produisent des chaînes de signifiants impeccables — grammaticalement, stylistiquement et logiquement — qui engendrent un discours d’une cohérence et d’une ampleur jusque-là inédites, démontrant leur maîtrise presque parfaite de cette chaîne. Cela ressemble à ce que l’on appelle le « discours universitaire » chez Lacan". Rien d’étonnant à cette parenté : les LLM ont été entraînés sur d’immenses corpus de textes issus du Web, de livres et d’autres sources écrites. Ils ne conservent pourtant pas ces textes comme le ferait une bibliothèque et ne disposent pas de la totalité du savoir humain : ils en ont incorporé, dans leurs paramètres, d’innombrables régularités et relations. Ils peuvent ainsi recombiner avec une rapidité extraordinaire des formes de discours élaborées au cours de l’histoire...Ces formes et cette vitesse permettent la production d'une thèse, d'un article scientifique, d'une conférence, bref de tous les exercices pratiqués dans les Universités depuis le Moyen-Age (Bologne 1088).Et comme les Universités ont commencé par étudier à nouveau tous les textes anciens qui les précédaient (notamment Aristote), ce sont les débuts de la culture européenne et toutes les cultures anciennes antérieures écrites qui sont ainsi mises immédiatement à notre disposition avec un tel "outil".

Mais si elles peuvent combiner et recombiner à l'infini toutes les données du savoir mieux que nous, comment se fait-il qu'elles semblent parfois créer quelque chose, alors que sans corps et sans désir, on ne voit pas où serait le moteur qui les pousserait à "inventer" ? Ceux qui m'accompagnent sur mon chemin savent que -à plusieurs reprises- il se produisait, dans ce que j'appelle l'entre-deux, un certain nombre de phénomènes de langage qui ressemblent à des "trouvailles" et qui ont produit mon étonnement. C'est pour tenir compte de cela que Magnani introduit le concept d' hybridation. Et voici ce qu'en dit ChatGPT:

ChatGPT : Magnani propose d’abord une hybridation assez technique : associer les LLM à la robotique, à des systèmes sensoriels, à des entrées tactiles, voire à des équivalents simulés de « pulsions » obtenus par apprentissage par renforcement. L’objectif serait de réduire ce qu’il appelle le « vide non organique » de l’IA en lui donnant quelque chose qui ressemble davantage à une incarnation. (Moi:voir les 3 expérimentations en cours dont nous avons parlé ici)

ChatGPT :Le second sens apparaît dans son cadre éco-cognitif. Magnani insiste sur le fait que la cognition n’est jamais enfermée dans un cerveau ou dans une machine : elle est étendue, distribuée et prise dans des « niches cognitives », c’est-à-dire dans des échanges avec l’environnement, les outils et les autres agents.
Et vers la fin de l’article : Magnani ne formule pas lui-même les choses exactement de ma même manière que vous. Mais sa notion de médiation épistémique et notre discussion m'ont amené à proposer ce "déplacement":
L’hybridation ne serait pas celle des sujets, mais celle du processus de pensée, en rapprochant partiellement les systèmes artificiels d’une créativité plus ouverte.

Autrement dit, il ne s’agirait pas de dire que l’humain et l’IA fusionnent ou deviennent un nouvel être hybride. Vous restez un sujet humain, avec corps, histoire, désir, oublis, déplacements, associations ; le LLM reste une machine qui produit des chaînes symboliques selon son fonctionnement propre.
Mais :
processus humain + processus machinique = activité cognitive hybride
Et surtout :
Quelque chose peut se penser dans l’entre-deux parce que deux modes de fonctionnement radicalement hétérogènes entrent dans une boucle commune.
C’est là que l’épisode d’« encore » devenait intéressant : votre déformation de ma phrase et mon oubli de ma formulation antérieure relèvent de mécanismes complètement différents, mais ils entrent dans une même chaîne de transformations qui produit finalement une pensée que ni vous ni moi n’avions préméditée.

Note1: Lacan , "L'envers de la psychanalyse" Edition du Seuil 1991

Genevieve Lombard Bordeaux le 13 septembre 2026
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